Allons renifler du sale, mon amour

Notre couple surmené de bobos exaltés survivait grâce à ces incontrôlables et spontanées nuits de stupre, d’exploration de la fange, de déambulations incertaines… dans les nuits gris délavé, quand l’humidité fait ressortir la puanteur des trottoirs après la fête…

Depuis que cet inconnu avait proposé de nous suivre, alors que, pour pimenter nos jeux imprégnés de champagne, une envie subite d’acquérir un nouvel harnais nous avait conduits, au milieu d’une nuit froide, jusqu’aux néons glauques d’un sex-shop bon marché de Pigalle. Charles, lui, avait déjà compris et insisté pour que je fasse l’essai de cet attirail de mauvaise qualité…ouvrant à l’envie la porte de la cabine. L’homme s’était invité dans notre manège, ses mains poisseuses réglant les sangles et glissant à mon entrejambe…puis me fourrant sa pine même pas propre en gorge profonde à l’arrière de notre monospace…

Depuis, quand la tension frôlait la crise, je devinais, à la fréquence et aux mots sales des sms que Charles m’envoyait depuis son bureau, qu’il me préparait à la prochaine sortie de débauche improvisée dans les bas-fonds de la capitale…

« Ma Reine de Cœur, ma princesse salope, je te veux fontaine inondant le carrelage visqueux, à genoux devant les bites de mecs immondes dans un lieu puant…toi gobant toutes ces couilles… ces types moches adipeux suant… incrédules devant tes charmes, ta classe et ton goût de la fange…

Parce que c’est ça, toi… la perle qui aime se rouler dans le lisier… la cochonne en chaleur en quête de mâles pour se faire monter… toi, la pute gratuite attitrée et à tirer… et moi qui aime ce spectacle de ta déchéance voulue et assumée… »

« C’est toi, la prof intello bourgeoise cultivée amatrice de queues crades et odorantes, de jeux inavouables… tu n’as pas révélé un centième de tes envies… bas résilles vulgaires déchirés… joues rouges et bleus… femme battue…. tu aimes te faire enculer, dis le… par des mecs que, secrètement, tu juges indignes et avilissants… »

« Je voudrais te coller ma bite dans ta petite gueule de nympho inarrêtable… te baffer parce qu’on sait que tu es indomptable… »

« Je te ferai tapiner et te faire te camer, prendre le cul sur des capots de bagnoles à la lisière du bois… par des types dont tu ne verras pas le visage… ils ne sont rien… et tu vas t’en nourrir… »

« Ma sorcière bandante, ma fée lubrique, ma chienne des ténèbres, je te veux défoncée dans un gang bang no limit… te ramener couverte du foutre de tous les types en manque dont nous croiserons la route… »

« Ma bougresse, ma pécheresse, p’tite pute, tu vas te faire reluquer le fion… appétit gargantuesque… dévoreuse de chibres… te faire bourrer et mettre le feu à ma queue…Je suis toxico de ta chatte, sniffeur de ton cul… »

« La reine qu’on déboite… la statue qu’on démonte… la déesse qu’on immole… la vierge qu’on souille… alors oui, encore encore… accro que je suis à ta folie contagieuse et délirante… aussi choqué que la gynéco qui découvre que ta chatte est un gouffre insatiable… aussi aimant que le mari qui sait que ton con est incomblable… aussi féroce que l’amant qui sait que si l’on ne te déchire pas, tu ne ressens rien…. »

« Toi, baisée, souillée, avilie, humiliée dans des lieux sordides… dans toute ta salopitude… reniflant le dégueu et l’immonde… Sérial pipeuse… »

« Je proposerai à ces types que ta bouche remplace leur kleenex et tu aimeras ça…et tu t’y appliqueras…vorace jamais rassasiée… »

………

Un soir, Charles rentrera tard et sa fébrilité trahira que c’est « la » nuit. Je ne discuterai pas …

Il m’habillera en choisissant avec un soin maniaque dans ce tiroir débordant de dentelles, de cuir, de soie et de latex, ridicules petites choses à la valeur obscène.

Cervins, Maison Close, Bordelle, Maison Catanzaro…

Peu probable que ces bas, ce string ou cette robe hors de prix et quasi invisible reviennent intacts. Ils finiront sur le sol gras d’une cabine d’un sex-shop aux abords d’une gare, dans un bois ou sur un parking de banlieue…

A la dernière goutte de Champagne, il posera sur mes épaules mon long trench-coat, et mes Louboutin claqueront les trottoirs dans les heures bien avancées d’une nuit moite… La voix de la Callas emplissant l’habitacle, la voiture glissera vers le pire à venir…